Diocèse de la Réunion
Neuvaine à l'Esprit Saint
Viens Esprit Saint !
Nous allons suivre la neuvaine proposé par la Congrégation de l'Esprit Saint et le Coeur Immaculé de Marie
Jour 1 – La Primauté de Dieu
Parole de Dieu : Dt 6, 5
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
Réflexion
La primauté de Dieu est le fondement de la spiritualité spiritaine. Elle naît d’une rencontre : celle d’un cœur qui découvre que Dieu l’a précédé, qu’il l’aime, qu’il l’appelle à une vie plus grande que lui-même. On ne saurait être véritablement spiritain sans cette rencontre fondatrice. Poullart et Libermann, chacun dans son histoire, ont vécu ce retournement intérieur.
Poullart des Places en fait l’expérience lorsqu’il relit son histoire sous le regard de Dieu. Il comprend que Dieu l’a accompagné depuis toujours, avec une fidélité patiente, et que le Seigneur n’a jamais cessé de frapper à la porte de son cœur. Sous ce regard aimant, il peut enfin se voir tel qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, ses ombres et sa lumière : un pauvre pécheur, profondément aimé de Dieu.
La lumière reçue l’entraîne vers un abandon confiant. En disant à Dieu : « Venez dans le cœur où, depuis longtemps, vous désirez entrer ». Poullart donne la primauté à Dieu et le laisse le guider et devenir le centre vivant de sa vie. En laissant Dieu agir en lui, Poullart des Places se trouve conduit sur des chemins qu’il n’avait pas imaginés : le service des pauvres, la vie fraternelle, la fondation d’un séminaire. Autant de réponses inattendues, rendues possibles par un cœur qui a choisi de se laisser conduire.
Libermann, de son côté, porte en lui l’intuition profonde de l’Absolu de Dieu. Héritée de sa foi juive et transfigurée par sa rencontre avec le Christ, cette conviction devient la clé de sa vie spirituelle et missionnaire. Dire « Dieu, c’est tout » ne revient pas à nier la valeur de l’homme, mais à reconnaître que sa véritable grandeur naît de sa dépendance à Dieu. Plus l’homme se vide de lui-même, plus il devient capable de recevoir la lumière, la force et la charité du Christ.
Dans plusieurs de ses lettres, Libermann revient sans cesse à cette conviction profonde qui l’habite : « Dieu seul », « je n’ai plus que Dieu seul », « Dieu seul, Dieu seul. Toujours Dieu seul… il ne faut voir que Dieu seul en toutes choses » (LS 1,153), « N’abandonnez votre âme qu’à Dieu seul, qui doit être votre tout, dans tous les temps et dans toutes les circonstances » (LS 1,195).
L’amour plénier pour Dieu entraîne le besoin de vivre en sa présence, et la prière devient alors une respiration qui imprègne toute la vie.
Ainsi, Poullart et Libermann se rejoignent : mettre Dieu à la première place n’écrase pas l’homme, mais le libère et ouvre en lui un espace intérieur où l’Esprit peut agir, inspirer, envoyer.
Prière
Seigneur Dieu de toute tendresse, toi qui nous as aimés le premier, ouvre notre cœur à ta présence.
Apprends-nous à t’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force. Purifie notre cœur de tout ce qui le divise et rends-nous pleinement disponibles à ton Esprit.
Toi seul nous suffit : Seigneur, sois notre Tout.
Donne-nous de ne désirer que « Toi seul », de tourner vers toi nos désirs, nos forces et l’élan profond de notre vie, afin que tu deviennes l’unique centre de notre vie. Amen.
Jour 2 - La Docilité à l'Esprit Saint
Parole de Dieu : Lc 4, 14-19
« Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »
Réflexion
Poullart des Places et Libermann expriment profondément, chacun à sa manière, cette même compréhension de la docilité à l’Esprit Saint. Chez Poullart, elle s’exprime d’abord comme un abandon confiant au souffle divin. Dès l’origine, il invite ses compagnons à devenir des cœurs ouverts et disponibles à l’action de Dieu : adorer le Saint‑Esprit, rechercher ardemment le feu de l’amour divin, imiter la disponibilité intérieure qui permet à Dieu d’agir librement. Pour lui, tout l’enjeu est de transformer le cœur du missionnaire en un espace libre, capable de se laisser conduire par l’Esprit.
Avec Libermann, cette intuition première devient une véritable méthode spirituelle, un style de vie, une manière d’être missionnaire. Pour lui, l’Esprit est Celui qui conduit, inspire, unit et envoie.
Poullart offre la source, Libermann montre le chemin. Tous deux nous invitent à devenir, comme Marie, des cœurs disponibles au souffle de Dieu.
Pour Libermann, une conviction domine : seul l’Esprit Saint sait comment nous devons rayonner Jésus‑Christ. Il nous a été donné au baptême pour établir en nous la sainteté du Christ. Lui seul peut nous conduire vers la vocation unique que Dieu a rêvée pour nous. Que devons‑nous faire ? Rien d’autre que de nous laisser conduire sur une route que nous ne connaissons pas. Libermann l’exprime avec force : « Il n’y a que l’Esprit‑Saint qui puisse vous faire avancer. Jésus vous a donné son Esprit pour vous diriger et vous conduire. Soyez docile. Si vous voulez aller seul, vous sortirez de cette voie. Il n’y a que l’Esprit‑Saint qui la connaisse et qui puisse vous faire progresser. »(L.S. I, 366)
Plus une personne se livre à Dieu avec générosité, plus l’Esprit l’envahit, l’anime et la conduit sur la route unique de sa conformité au Christ et de son engagement apostolique. Ainsi, la docilité à l’Esprit Saint n’est pas un aspect secondaire de notre vocation spiritaine : elle en est le centre vivant, la source de toute fécondité missionnaire.
Prière
Esprit Saint, toi qui as embrasé Poullart des Places et conduit Libermann pas à pas, ouvre nos cœurs comme tu as ouvert celui de Marie.
Fais de nous des serviteurs souples entre tes mains, dans une docilité simple et confiante.
Façonne‑nous, purifie‑nous, et prends‑nous comme une plume légère portée par ton souffle, comme un métal que ton amour travaille et transforme.
Conduis‑nous où tu veux et fais de nous des témoins ardents pour la gloire de Dieu et la vie du monde. Amen.
Jour 3 - La Disponibilité
Parole de Dieu : Lc 1, 38
« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Réflexion
La disponibilité est l’un des traits les plus constants de la spiritualité spiritaine. Elle est à la fois ouverture à Dieu et attention aux frères et sœurs, un mouvement intérieur qui traverse notre histoire depuis Poullart des Places jusqu’à Libermann et qui demeure aujourd’hui le cœur de notre vocation.
Dès les origines, Poullart des Places incarne cette attitude. Ce mouvement intérieur se traduit par une disponibilité concrète : aller là où l’appel de Dieu se fait entendre, même dans les lieux les plus pauvres et les plus abandonnés. La devise des premiers spiritains résume cette attitude : « Ecce ego, mitte me » - Me voici, envoie‑moi. La disponibilité spiritaine, c’est ce “oui” permanent qui nous rend mobiles pour la mission et attentifs aux besoins de la communauté. Ce mouvement d’ouverture, inauguré par Poullart, est le premier visage du charisme spiritain.
Pour Libermann aussi la disponibilité est une attitude du cœur. Il en parle comme d’une « disponibilité intérieure et d’une très grande confiance » (ND XIII,144). La vie de Libermann elle-même est un long apprentissage de cette ouverture : avancer sans certitude humaine, accueillir les épreuves, discerner les appels, se laisser conduire là où l’Esprit ouvre un chemin : la déstabilisation de sa foi juive à Metz, la révélation du Christ à Stanislas, le choix douloureux de Jésus plutôt que son père, l’obstacle de l’épilepsie, les épreuves du noviciat eudiste, la « petite lumière » l’appelant à l’œuvre des Noirs, le départ pour Rome sans appui, puis l’accueil de l’appel au sacerdoce et à l’ouverture d’un noviciat à Amiens.
Il témoigne, par sa vie et ses écrits, que la disponibilité est un acte de foi dans l’inconnu. Plutôt que de chercher des assurances, il invite à avancer dans la foi, même lorsque la route demeure obscure. Pour lui, être disponible, c’est accepter l’imprévu de Dieu, se tenir prêt pour Lui et demeurer attentif à la direction où son Esprit conduit, dans une ouverture confiante à ce que Dieu veut accomplir.
Cette disponibilité, nourrie d’union à Dieu, de pauvreté et de détachement intérieur, devient l’espace où l’Esprit peut agir et la source de notre présence missionnaire. Elle s’accompagne d’une écoute attentive de la réalité, d’un discernement qui renonce à ce qui ne porte plus de fruit et accueille l’inattendu de Dieu. Ainsi, marcher dans la foi, les mains ouvertes, demeure la manière spiritaine de se laisser précéder et conduire par l’Esprit.
Sur ce chemin, Marie demeure notre modèle. Elle nous apprend à dire « oui » sans tout comprendre, à avancer dans la confiance, à laisser l’Esprit conduire notre vie. Ainsi comprise, la disponibilité s’enracine dans un « oui » renouvelé qui fait naître la mission et nous rend capables d’aller là où Dieu nous attend.
Prière [1]
Ô mon Dieu, vous qui conduisez vers la Jérusalem céleste ceux qui se confient vraiment en vous, je me remets entre vos mains. Je m’abandonne à votre divine Providence,
Je renonce à ma volonté propre pour suivre la vôtre avec simplicité et confiance.
Faites‑moi connaître ce que vous attendez de moi, afin que je vive ici‑bas l’état de vie que vous avez choisi pour moi. Accordez‑moi les grâces nécessaires pour vous servir fidèlement et rendre gloire à votre divine Majesté tout au long de mon pèlerinage. Amen.
[1] Prière de Poullart des Places citée par Jean Savoie, Prier 15 jours avec Poullart des Places, p. 34.
Jour 4 - Pauvreté spirituelle et matérielle
Parole de Dieu : Col 3, 1-4
« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. »
Réflexion
À la lumière de nos Fondateurs, la pauvreté spiritaine apparaît comme un chemin intérieur où l’homme se laisse façonner par Dieu pour devenir source de vie apostolique. Elle implique un détachement matériel, mais s’accomplit surtout comme une manière d’être devant Dieu : une attitude qui consiste à recevoir tout de Lui, vivre de Lui, agir par Lui.
L’expérience de Claude Poullart des Places éclaire ce chemin. Sa rencontre avec les pauvres s’inscrit dans un véritable itinéraire spirituel. De l’hôpital Saint‑Yves aux ramoneurs savoyards, puis aux aspirants pauvres au sacerdoce, il découvre que la pauvreté n’est pas seulement une réalité sociale : elle devient pour lui un appel intérieur qui élargit son cœur et convertit son regard. En 1703, il franchit un pas décisif : il choisit de vivre avec les pauvres, dans leur simplicité et leur dépouillement. Ce sont eux qui, peu à peu, le libèrent de ses sécurités et de ses privilèges, l’enracinant dans une confiance totale en Dieu. Sa maison devient un cénacle où la pauvreté se vit comme mystique du Royaume. Sa mort, survenue au milieu de ceux qu’il avait choisis pour frères, manifeste l’achèvement de cet itinéraire : la pauvreté librement embrassée s’accomplit dans le don total de soi. Ainsi, son héritage demeure : être pauvres pour servir les pauvres, jusqu’au bout, dans une confiance absolue à l’Esprit Saint.
Pour Libermann, la pauvreté véritable est un état du cœur où l’Esprit devient l’unique principe de vie. L’homme apostolique se sait pauvre parce qu’il n’est rien d’autre que ce qu’il reçoit de Dieu ; il est pauvre parce qu’il demeure vide, priant, demandeur ; il est pauvre parce qu’il redonne tout ce qu’il reçoit, tel qu’il le reçoit, comme venant de Dieu. Cette attitude intérieure ouvre l’homme à la dynamique même de Dieu, que Libermann décrit à travers l’image de la Source. Dans cette perspective, Dieu apparaît comme Don : le Père, Don créateur et miséricordieux, le Fils, Don total de lui-même jusqu’à la mort, l’Esprit, Don du Père et du Fils, chacun étant Source de vie pour l’humanité.
Face à ce mystère, l’homme apostolique se reconnaît comme fond de pauvreté, entièrement tourné vers l’accueil du Don de Dieu. Plus il se vide de lui-même, plus il devient riche de Dieu. Ainsi, Dieu, Source de vie, permet à l’homme de devenir lui aussi source et fleuve : la pauvreté spirituelle devient la condition d’une fécondité apostolique, car elle laisse circuler en lui la richesse même de Dieu.
C’est pourquoi Libermann décrit l’apôtre comme un instrument entre les mains de Dieu, employé selon les desseins du Maître. C’est dans cette disponibilité intérieure, enracinée dans la pauvreté du cœur, que l’homme devient véritablement porteur de la Source de vie.
Prière
Seigneur Jésus, toi qui t’es fait pauvre pour nous enrichir de ton amour, ouvre notre cœur à cette pauvreté qui laisse toute la place à ton Esprit. À l’exemple de Claude Poullart des Places, apprends‑nous à quitter nos sécurités pour entrer dans la confiance. À l’école du Vénérable Libermann, fais de nous des instruments dociles entre tes mains.
Seigneur, vide‑nous de nous‑mêmes et rends‑nous pauvres pour être disponibles, pauvres pour être fraternels, pauvres pour être missionnaires. Que tout en nous soit à toi, et que tout en nous parle de toi. Amen
Jour 5 -Être spiritain, c’est être Envoyé
Parole de Dieu : Jn 20, 19‑22
« Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. »
Réflexion
Toute mission authentique jaillit du Christ envoyé par le Père, et Jésus accomplit son œuvre dans la conscience profonde d’être envoyé ; cette relation donne unité, force et vérité à son action. C’est dans ce mouvement que s’inscrit la vocation spiritaine : nous ne « partons » jamais de nous‑mêmes, mais comme des envoyés. Notre mission n’est pas la nôtre ; elle est participation à la mission du Christ qui demeure la seule véritable mission.
Si la mission vient du Christ, elle doit aussi prendre sa forme en lui. Jésus accomplit son œuvre dans une fidélité totale à l’envoi du Père, et c’est cette manière d’être envoyé qui devient pour nous la mesure du service. Le Spiritain ne s’appuie donc pas sur ses propres capacités : il cherche à rendre présent celui qui l’envoie. Cette transparence n’est possible que s’il demeure greffé au Christ. Une telle union n’est pas un supplément spirituel, mais la condition même de la mission : c’est en demeurant dans le Christ que notre vie apostolique devient véritable participation à sa mission et que notre action laisse rayonner l’action de Dieu.
Sans cette union intérieure, l’envoi se vide de sa substance ; il devient réalisation de nos propres projets, de nos ambitions, de nous‑mêmes.
Avant d’être un envoi ou une activité, la mission est un état intérieur : celui de la disponibilité. Le Spiritain se tient devant Dieu dans un “Me voici” humble et confiant, d’où jaillit la réponse du disciple : “Envoie‑moi”. Se laisser envoyer par Dieu, c’est accepter d’être déplacé, dérangé, conduit là où l’on n’aurait pas choisi d’aller. Cette disponibilité est bien plus qu’une simple souplesse humaine : elle est un consentement profond à l’initiative de Dieu. Le missionnaire entre dans une œuvre qui le dépasse ; il reçoit une mission qui ne lui appartient pas. La mission commence là où l’on se rend disponible pour que Dieu rejoigne les plus fragiles.
Enfin, la mission se reçoit en communauté : discerner avec ses frères, accueillir l’orientation des supérieurs comme une médiation de l’Esprit, et se laisser conduire là où Dieu appelle aujourd’hui. Ainsi, l’envoi devient un acte partagé, reçu dans la foi et vécu dans la confiance.
Prière
Seigneur Jésus, toi qui as donné ton Esprit en envoyant tes disciples, nous nous tenons devant toi.
Délivre‑nous de la tentation de nous envoyer nous‑mêmes ou de bâtir nos propres sécurités. Rends‑nous disponibles et dociles à ton Esprit.
Que notre mission prenne forme dans la tienne, que notre manière de servir reflète ton amour, et que ton action transparaisse à travers la nôtre.
Comme le Père t’a envoyé, envoie‑nous aujourd’hui. Fais de nous des Spiritains selon ton cœur. Amen.
Jour 6 - La vie spiritaine est prière et service
Parole de Dieu : Jn 15, 1‑5
« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. »
Réflexion
La spiritualité spiritaine repose sur une conviction essentielle : la mission naît dans la prière et s’accomplit dans le service. Ces deux dimensions se répondent et s’éclairent mutuellement : la prière façonne le cœur du missionnaire et le service en manifeste la vérité.
Dans la prière, le Spiritain se tient devant Dieu dans la simplicité. Il laisse l’Esprit rejoindre ses fragilités, purifier ses intentions et orienter ses désirs. Ce retour quotidien au cœur devient un lieu d’unification intérieure : Dieu y travaille patiemment, libère ce qui entrave et ouvre l’espace d’un véritable « Me voici » renouvelé chaque jour. Sans cette source, l’action se disperse et finit par s’épuiser.
Mais la prière spiritaine n’enferme pas : elle envoie. Elle donne un regard capable de discerner la présence de Dieu dans les événements, les visages et les pauvretés. Elle façonne une manière d’être plus douce, plus patiente, plus fraternelle. C’est dans ce mouvement que s’inscrit l’union pratique, cette manière de demeurer en Dieu au cœur de l’action. Il ne s’agit pas d’une méthode, mais d’une attitude intérieure : lorsque le cœur reste disponible, l’Esprit inspire les gestes, les paroles et les réactions du missionnaire, jusqu’à imprégner toute sa vie quotidienne et façonner en lui la manière même de Jésus.
Dans cette dynamique, le service devient un style de vie : proximité avec les petits, respect des cultures, engagement pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création. Le missionnaire se fait solidaire, défenseur des faibles, témoin de la compassion du Christ. Mais rien de cela n’est possible par nos seules forces : c’est la prière qui donne la capacité d’aimer avec patience et de servir avec douceur. Sans elle, le service devient un activisme fragile ; avec elle, il devient participation à la manière dont le Christ s’est fait serviteur. Ainsi, la prière ouvre au service, et le service ramène à la prière. C’est dans cette unité intérieure que se déploie la vie spiritaine.
Prière
Seigneur, ouvre nos cœurs à ta présence.
Apprends-nous à écouter ton Esprit au plus intime de nous-mêmes, là où tu parles, là où tu guides, là où tu façonnes silencieusement notre vie.
Que la prière nous enracine profondément en toi.
Apprends-nous à aimer nos frères et sœurs avec patience, à les servir avec humilité, dans la joie simple et lumineuse de ton Évangile.
Ouvre notre cœur à la compassion et rends notre service fécond.
Que chaque geste, chaque parole, chaque rencontre rende visible ta douceur et ta compassion.
Que par la force de ton Esprit, tout en nous reflète ta présence. Amen.
Jour 7 - La vie spiritaine se vit en communauté
Parole de Dieu : Ac 2,42-47
« Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés. »
Réflexion
Le Spiritain est un homme de communauté. Non pas par simple nécessité pratique, mais parce que le vivre‑ensemble est la sève qui nourrit notre vie spirituelle et missionnaire. Dès les origines, nos fondateurs ont compris que la mission ne peut être portée par des individus isolés, mais par un corps façonné par l’Esprit. La communauté n’est donc pas un décor : elle est un lieu théologique, l’espace où l’Évangile prend chair. La prière en est le souffle : elle nourrit la charité fraternelle, pacifie les relations et soutient la mission. Sans elle, la vie commune se réduit à une cohabitation fragile ; avec elle, elle devient un lieu où chacun apprend à se recevoir de Dieu et à se donner aux autres.
Libermann savait combien la prière était essentielle pour favoriser l’entente mutuelle. Il rappelait que « la vie de nos missionnaires est une vie de communauté ; jamais ils ne doivent rester isolés » (ND VI, 438). Conscient des différences de caractère et des tensions possibles, il voyait dans la prière ce ferment intérieur capable de transformer les relations et de faire grandir l’unité. Dans les Instructions aux missionnaires (Chap II, 3), il présente la communauté comme une véritable école de sainteté : un lieu où l’on est soutenu, encouragé, corrigé et relevé. Pour lui, la communauté est aussi un rempart, un bouclier collectif. Isolé, le missionnaire devient vulnérable ; uni à ses frères, il reçoit une force et une fidélité qu’il ne pourrait garder seul. La prière communautaire permet à cette force fraternelle de se déployer et de durer.
Ainsi, la fraternité est bien plus qu’un soutien à la mission : elle en constitue déjà une expression pleine et entière. Ce que nous annonçons, nous devons d’abord le vivre entre nous. Une communauté qui prie, qui partage, qui pardonne et qui accueille les différences devient une catéchèse vivante. Notre manière de vivre ensemble est déjà annonce de l’Évangile, une prédication en actes.
Nos communautés internationales et interculturelles en sont un signe particulièrement parlant. Elles sont, au quotidien, de véritables lieux de Pentecôte, où l’Esprit rassemble des personnes de langues, de cultures et d’histoires différentes pour en faire un seul corps. Elles témoignent que l’Évangile peut unir ce que tout semble séparer, et que la fraternité est une réalité concrète, bien que fragile et belle, qui demande patience, prière et conversion quotidienne.
La communauté devient ainsi notre manière de vivre la mission, c’est-à-dire un espace où l’Esprit continue de créer l’unité dans la diversité, et où la vie partagée rend visible le but même de l’évangélisation : faire naître une fraternité chrétienne.
Prière
Esprit de Pentecôte, Toi qui rassembles les cœurs et fais grandir la communion, viens demeurer au milieu de nos communautés. Esprit de Jésus, façonne en nous un seul cœur et une seule âme. Réapprends-nous à prier ensemble, à nous accueillir dans nos différences, et à vivre une fraternité authentique, attentive aux besoins de chacun, joyeuse dans le service et unifiée dans l’amour.
Esprit du Père, respire en nous, afin que notre manière de vivre ensemble devienne un signe qui attire vers Toi tous tes enfants. Amen.
Jour 8 - Attendre le moment de Dieu
Parole de Dieu : Marc 10,45
« Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Réflexion
Libermann porte un regard de foi sur les événements, les personnes et les choses. Pour lui, Dieu agit dans la vie et se manifeste à travers les circonstances les plus ordinaires. Le Dieu de Libermann est un Dieu qui fait signe dans l’histoire concrète ; en cela, il demeure profondément fils de rabbin, familier de la manière dont Dieu a guidé son peuple. Ancré dans cette mentalité biblique, il sait que Dieu est le Dieu de l’Histoire. Depuis l’Incarnation, notre histoire est devenue l’Histoire de Dieu : c’est dans la vie des hommes que se déploie son projet d’amour.
C’est au cœur même de l’épreuve que s’est façonnée la manière si particulière qu’a Libermann de lire la vie. Les difficultés qu’il traverse - maladie, humiliations, échecs apparents, longues attentes - deviennent pour lui des lieux privilégiés où il expérimente l’action de Dieu. Sa manière de vivre les moments décisifs de son existence révèle un itinéraire profondément marqué par l’accueil de l’Esprit dans les événements. Il découvre que Dieu ne se programme pas et qu’on ne l’enferme pas : il faut attendre son Heure, dans la paix et la patience, en demeurant attentif à ses « moments ». Avancer trop vite, s’agiter ou vouloir forcer les choses revient, selon lui, à se couper de l’action de l’Esprit. Il invite donc à mettre de côté toute précipitation et toute inquiétude pour laisser Dieu conduire.
Libermann ne cherche pas Dieu dans l’extraordinaire, mais dans le tissu ordinaire de la vie. Sa conviction est simple et radicale : Dieu parle à travers les événements. Ainsi, toute sa vie est marquée par une attente confiante : il ne force rien, ne précipite rien, ne s’appuie pas sur ses propres forces, mais attend l’Heure de Dieu, convaincu que la Providence ouvre toujours une issue. Cette manière de se tenir dans le présent de Dieu nourrit en lui une confiance paisible, fruit de sa docilité totale à l’Esprit qui se révèle à lui.
Prière
Seigneur Dieu, nous te rendons grâce pour ta présence active et agissante au cœur de nos vies.
Apprends‑nous à reconnaître tes « moments » dans les événements qui nous façonnent,
Délivre‑nous de l’agitation, de l’impatience et du besoin de tout maîtriser.
Donne‑nous la paix intérieure qui permet d’attendre ton Heure, et la confiance en ta Providence.
Que, comme Libermann, nous sachions vivre le présent avec un cœur disponible, dociles à ton Esprit, ouverts à ton œuvre, et prêts à marcher humblement dans le rythme que tu traces pour nous. Amen.
Jour 9 - D'un seul coeur avec Marie
Parole de Dieu : (Ac 1, 14)
« Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères. »
Réflexion
Si la spiritualité spiritaine est mariale, c’est parce que, dès les origines, notre consécration a été comprise comme inséparable d’une relation filiale avec la Vierge. Poullart des Places en a fait l’expérience : sa confiance d’enfant envers Marie a façonné sa manière de se livrer à l’Esprit et a préparé le geste fondateur posé aux pieds de Notre‑Dame de Bonne‑Délivrance. En choisissant la Pentecôte pour la fondation, il inscrit la jeune communauté dans la dynamique du Cénacle : avec Marie, ouverte à l’Esprit, prête à être envoyée.
Chez Libermann, cette intuition devient encore plus explicite. Dès son baptême, il découvre en Marie une présence maternelle qui l’introduit au Christ et à l’Esprit. Sa dévotion est paisible, intérieure, profondément filiale. Il voit en elle « la réussite de Dieu », le modèle parfait de docilité aux inspirations de l’Esprit, et un refuge où déposer ses fragilités. Pour lui, Marie ne cesse pas, du haut du ciel, de travailler à la croissance de l’Église : elle continue ce qu’elle a accompli aux premiers jours de l’Église.
Le Cœur de Marie devient ainsi, pour Libermann, à la fois modèle et source : modèle du zèle apostolique qui doit animer les missionnaires, source où ils puisent lumière, force et paix. La consécration mariale qu’il propose constitue un pilier central : elle est le chemin le plus sûr pour apprendre la docilité, la paix intérieure et la disponibilité missionnaire.
Dans la tradition spiritaine, Marie occupe une place centrale : elle est un pôle d’unité, celle qui rassemble, ouvre à l’Esprit et dispose les cœurs à la mission. Avec elle, l’attente devient disponibilité, et la communauté se forme dans le même mouvement que l’Église naissante : unie, priante, docile au Souffle de l’Esprit. Pour le missionnaire spiritain, Marie devient naturellement un modèle de fidélité, une source de force et de lumière, un refuge dans les épreuves et un guide sûr pour demeurer dans la paix de l’Esprit.
Être véritablement fils et héritier de Poullart des Places et de Libermann, c’est se mettre à l’école de Marie pour apprendre d’elle la manière juste d’être missionnaire. En laissant notre cœur se façonner au contact du sien, notre manière d’agir se simplifie, s’unifie et s’ouvre davantage à l’Esprit. Alors, la mission cesse d’être d’abord ce que nous accomplissons : elle devient ce que Dieu peut et veut réaliser en nous.
Prière
Marie, Mère du Seigneur et notre Mère,
Toi, modèle parfait de docilité et du zèle apostolique,
Toi dont le Cœur est tout rempli de l’Esprit, nous nous tournons vers toi.
C’est à toi, et à ton Cœur, que nous sommes consacrés.
Unis d’un seul cœur avec toi, dans les cénacles de nos communautés, nous guettons les signes de l’Esprit. Apprends‑nous la docilité et conduis‑nous sur le chemin du zèle apostolique.
Avec toi, nous nous offrons à l’Esprit Saint, pour que Dieu accomplisse en nous son œuvre de sanctification.
Par Jésus le Christ notre Seigneur. Amen.
Bonne fête de Pentecôte !